• 15 sept.

Diagnostiquer l’endométriose avec le sang de tes règles ? 🩸

  • Maite la kiné

Et si nos règles contenaient une partie de la réponse à l’endométriose ?

C’est la question qui se trouve au cœur d’une nouvelle étude publiée en 2026 dans BMC Medicine. Des chercheuses et chercheurs de l’Institut Pasteur, de l’Inserm, du CNRS et de l’Université Paris Cité ont étudié le sang menstruel afin de rechercher une éventuelle signature moléculaire de l’endométriose.

Le principe est particulièrement intéressant : plutôt que de rechercher des marqueurs dans le sang circulant, les chercheurs se sont intéressés directement à un prélèvement qui contient des cellules provenant de l’endomètre.

👉🏼 Les résultats sont prometteurs : cinq gènes ont été identifiés comme candidats biomarqueurs, et les cellules épithéliales de l’endomètre semblent être particulièrement importantes dans les différences observées entre les femmes avec et sans endométriose.

⚠️ Mais attention : il s’agit d’une étude pilote et ces résultats ne constituent pas encore un test diagnostique.

🔬 Pourquoi s’intéresser au sang menstruel ?

Le sang menstruel est souvent considéré uniquement comme du sang, mais sa composition est beaucoup plus complexe.

Il correspond en partie à l'élimination cyclique de la couche fonctionnelle de l’endomètre lorsqu’il n’y a pas de grossesse. Il contient donc, en plus des cellules sanguines, différents éléments provenant de l’environnement utérin : des cellules épithéliales, stromales, immunitaires et des cellules associées aux vaisseaux sanguins, ainsi que de la matrice extracellulaire et différents facteurs sécrétés.

Autrement dit, les règles constituent une source facilement accessible de matériel biologique provenant de l’endomètre. C’est ce qui rend ce prélèvement particulièrement intéressant pour la recherche sur l’endométriose : les chercheurs peuvent potentiellement observer des caractéristiques biologiques de l’endomètre sans avoir à réaliser une biopsie invasive.

👩🏻‍🔬 Que cherchaient les chercheurs ?

L’objectif était de savoir si les cellules présentes dans le sang menstruel de femmes atteintes d’endométriose présentaient des différences d’expression des gènes suffisamment caractéristiques pour permettre, à terme, d’identifier des biomarqueurs de la maladie.

Un gène peut être présent chez tout le monde, mais son niveau d’expression peut varier selon les cellules, les tissus ou certaines situations pathologiques.

L’équipe a donc cherché à répondre à plusieurs questions :

  • Quels types de cellules retrouve-t-on dans le sang menstruel ?

  • Certaines cellules sont-elles plus représentées chez les femmes atteintes d’endométriose ?

  • Quels gènes sont exprimés différemment selon que la personne est atteinte ou non d’endométriose ?

  • Ces différences sont-elles suffisamment robustes pour être retrouvées dans une analyse du sang menstruel entier ?

  • Certains de ces gènes pourraient-ils devenir, à terme, des biomarqueurs diagnostiques ?

👩🏻‍🔬 Une première étude sur 10 femmes

L’étude principale porte sur 10 donneuses âgées de 18 à 45 ans :

  • 5 femmes atteintes d’endométriose

  • 5 femmes sans endométriose

Les participantes ont recueilli leur sang menstruel à l’aide d’une coupe menstruelle.

Les cinq participantes du groupe endométriose présentaient toutes une endométriose profonde. Parmi elles, certaines avaient également une endométriose ovarienne et/ou une adénomyose.

🧬 Comment les cellules ont-elles été étudiées ?

C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants de cette étude.

Les chercheurs ont utilisé deux approches complémentaires de séquençage de l’ARN :

1. Le séquençage de l’ARN au niveau du noyau cellulaire

Le single-nucleus RNA sequencing, ou snRNA-seq, permet d'étudier l’expression des gènes dans les noyaux de cellules individuelles.

Cette technique permet donc de ne pas simplement analyser « tout le sang menstruel » comme un mélange, mais de déterminer quelles cellules expriment quels gènes.

Au total, l’équipe a obtenu 23 308 transcriptomes nucléaires de bonne qualité à partir des 10 donneuses.

Douze grands types cellulaires ont été identifiés. Les cellules immunitaires représentaient environ 68 % des cellules détectées, mais les cellules endométriales, notamment épithéliales et stromales ont également pu être caractérisées.

2. Le séquençage « bulk »

Les chercheurs ont également utilisé du bulk RNA sequencing.

Cette fois, on ne regarde plus chaque type cellulaire séparément : on analyse l’expression de l’ARN provenant de l’ensemble du prélèvement.

Cette approche est moins précise sur l’origine cellulaire des signaux, mais elle présente un intérêt majeur : elle pourrait être plus simple à envisager dans une future stratégie diagnostique.

L’idée était donc de combiner les deux approches : identifier les différences cellule par cellule → puis vérifier si certaines sont également détectables dans le sang menstruel entier.

🧫 Les cellules épithéliales : un résultat particulièrement intéressant

Les chercheurs ont identifié une forte hétérogénéité entre les participantes. Autrement dit, la composition du sang menstruel n’est pas identique d’une personne à l’autre : la quantité relative de cellules immunitaires, épithéliales ou stromales peut varier considérablement.

Pourtant, malgré cette variabilité, un résultat ressort particulièrement :

👉 les cellules épithéliales sont celles qui présentent le plus grand nombre de différences d’expression génique entre les femmes avec et sans endométriose.

Elles sont suivies par les cellules stromales.

Cela signifie que les différences observées ne semblent pas être simplement liées au système immunitaire : les cellules provenant directement de l’endomètre semblent porter une partie importante de la signature moléculaire associée à l’endométriose.

🧬 159 gènes différents… puis 5 candidats

Lors de l’analyse en single-nucleus RNA sequencing, les chercheurs ont identifié 159 gènes différentiellement exprimés entre les groupes selon les critères statistiques utilisés dans l’étude. Mais tous ces gènes ne pouvaient pas être considérés comme de bons candidats diagnostiques.

Les chercheurs ont donc cherché lesquels pouvaient également être retrouvés dans l’analyse du sang menstruel entier réalisée en bulk RNA sequencing. Sur les 159 gènes identifiés, 100 étaient représentés dans les données de bulk RNA sequencing.

Après correction statistique et comparaison des deux approches, cinq gènes ont finalement été retenus comme candidats biomarqueurs :

🧬 TIMP2

🧬 AKR1C2

🧬 DMBT1

🧬 FERMT1

🧬 KCNK5

Les cinq présentaient une expression différente dans la même direction dans les deux types d’analyses. Et surtout, au niveau du single-nucleus RNA sequencing, les cinq étaient différentiellement exprimés dans les cellules épithéliales.

🔎 Que sait-on de ces cinq gènes ?

Tous les candidats ne sont pas totalement nouveaux. TIMP2, AKR1C2 et DMBT1 avaient déjà été associés à l’endométriose dans des travaux antérieurs, avec toutefois des niveaux de preuve variables. En revanche, FERMT1 et KCNK5 n’avaient pas été précédemment identifiés dans ce contexte par cette littérature.

Les chercheurs soulignent notamment que FERMT1 intervient dans des mécanismes liés à l’adhésion cellulaire et à la signalisation TGF-β. KCNK5, de son côté, code une protéine impliquée dans un canal potassique sensible aux œstrogènes.

⭐ KCNK5 : le candidat le plus prometteur ?

Parmi les cinq candidats, KCNK5 est celui qui ressort le plus fortement.

Les chercheurs ont utilisé une cohorte indépendante afin de voir si les cinq candidats pouvaient être retrouvés dans d’autres échantillons de sang menstruel. Dans cette cohorte de validation, les cinq gènes présentaient une expression plus élevée chez les participantes atteintes d’endométriose que chez les témoins.

Pour KCNK5, la différence était statistiquement significative avec p = 0,013.

Pour TIMP2, DMBT1 et FERMT1, les valeurs étaient inférieures à 0,1, tandis qu’AKR1C2 présentait une valeur de p = 0,22.

C’est notamment pour cette raison que les auteurs considèrent KCNK5 comme le candidat le plus prometteur parmi les cinq.

🧪 Pourquoi cette validation est-elle importante ?

Trouver un gène différent dans une première cohorte ne suffit évidemment pas. Un biomarqueur intéressant doit pouvoir être retrouvé chez d’autres personnes.

C’est pourquoi les chercheurs ont comparé leurs résultats avec ceux d’une cohorte indépendante de donneuses dont le sang menstruel avait également été analysé en bulk RNA sequencing.

Le fait que les cinq candidats aient retrouvé une tendance dans cette seconde cohorte apporte donc un élément supplémentaire en faveur de leur intérêt. Mais cette validation reste elle-même exploratoire.

Par exemple, TIMP2 semble particulièrement dépendant de la composition cellulaire du prélèvement, notamment de la proportion de cellules immunitaires. Les chercheurs suggèrent que certains marqueurs pourraient être plus performants dans des échantillons davantage enrichis en cellules épithéliales.

🧬 Les chercheurs ont également observé des modifications de communication entre les cellules

L’étude ne s’est pas limitée à rechercher des gènes différents. Les chercheurs ont également étudié la manière dont les différentes populations cellulaires pourraient communiquer entre elles.

Chez les femmes atteintes d’endométriose, ils ont notamment observé une diminution de certaines interactions entre cellules épithéliales et stromales, associées à des voies impliquant notamment :

  • WNT2B

  • IGF2

  • TGFB2

Ces voies sont impliquées dans des processus liés au développement, à la croissance et à la communication entre les cellules.

À l’inverse, l’étude suggère une augmentation de certaines communications impliquant les cellules dendritiques, notamment autour de la voie de signalisation BMP.

Ces observations sont intéressantes car elles permettent de dépasser la simple recherche d'un « gène de l'endométriose ». Elles suggèrent plutôt que la maladie pourrait être associée à une modification de l’environnement cellulaire et des interactions entre différentes populations de cellules endométriales et immunitaires.

🩸 Pourquoi cette piste pourrait être intéressante pour le diagnostic ?

Aujourd’hui, l’un des grands enjeux de l’endométriose reste l’identification de méthodes diagnostiques non invasives suffisamment fiables.

Le sang menstruel possède plusieurs caractéristiques intéressantes :

✔️ Il est facilement accessible
Il peut être recueilli pendant les règles, notamment à l’aide d’une coupe menstruelle.

✔️ Il contient des cellules provenant de l’endomètre
Ce qui permet potentiellement d’étudier directement un tissu concerné par les modifications associées à l’endométriose.

✔️ Le prélèvement est non invasif
Contrairement à une biopsie, il ne nécessite pas d’intervention médicale invasive.

✔️ Il pourrait permettre une analyse moléculaire
L’objectif à terme serait éventuellement d'identifier une combinaison de marqueurs permettant de distinguer les personnes atteintes d’endométriose des personnes qui ne le sont pas.

L’étude souligne d’ailleurs que l’analyse du sang menstruel entier par bulk RNA sequencing pourrait être une approche plus facilement envisageable dans un contexte clinique que des analyses extrêmement complexes cellule par cellule.

⚠️ Mais pourquoi ne peut-on pas encore parler de « test d’endométriose » ?

C’est probablement le point le plus important à retenir.

Cette étude est une étude pilote, avec seulement 10 donneuses dans l’analyse principale.

Un résultat aussi intéressant soit-il doit être reproduit sur des cohortes beaucoup plus importantes avant de pouvoir envisager une utilisation clinique.

Il faut notamment déterminer :

  • si les cinq gènes restent fiables chez un nombre beaucoup plus important de personnes ;

  • si les résultats sont similaires selon les différents types d’endométriose ;

  • si les résultats sont reproductibles d’un cycle menstruel à l’autre ;

  • quelle influence ont le jour des règles et la quantité de sang prélevée ;

  • quelle influence a la proportion de cellules épithéliales et immunitaires dans chaque prélèvement ;

  • si les résultats restent valables chez des personnes prenant différents traitements ;

  • et surtout si ces marqueurs permettent de distinguer l’endométriose de personnes présentant des symptômes similaires mais une autre pathologie.

Ce dernier point est essentiel pour un éventuel test diagnostique.

Une différence entre une personne atteinte d’endométriose et une personne parfaitement saine est intéressante en recherche, mais un test médical doit aussi être capable de fonctionner dans la vraie vie, face à des patientes présentant des douleurs pelviennes ou d’autres symptômes dont la cause peut être différente.

🧩 Les limites de cette étude

Les auteurs sont eux-mêmes très clairs sur les limites de leur travail.

1. Une cohorte très petite

Seulement cinq femmes avec endométriose et cinq témoins ont été utilisées pour l’analyse principale. Cela limite fortement la puissance statistique et la capacité à généraliser les résultats à l’ensemble des personnes atteintes d’endométriose.

2. Une forme particulière d’endométriose

Les participantes atteintes d’endométriose présentaient toutes une endométriose profonde. Certaines avaient également une endométriose ovarienne et/ou une adénomyose. Cette hétérogénéité peut rendre difficile l’identification de signatures propres à chaque phénotype de la maladie.

3. Toutes les participantes étaient nullipares

Les cinq femmes du groupe endométriose et les cinq témoins n’avaient jamais eu de grossesse menée à terme. Cela permet de limiter certains facteurs de confusion, mais signifie aussi que les résultats ne peuvent pas nécessairement être extrapolés à toutes les femmes.

4. Les traitements peuvent influencer les résultats

La majorité des participantes du groupe endométriose prenaient des médicaments anti-inflammatoires. Or ces traitements peuvent potentiellement modifier la composition des cellules immunitaires et leurs interactions. Les auteurs considèrent donc qu'une étude plus importante sera nécessaire pour mieux prendre en compte les différents traitements et phénotypes de l'endométriose.

5. La composition du sang menstruel varie beaucoup

C’est un autre point particulièrement important. Le sang menstruel n'est pas un prélèvement parfaitement standardisé : la proportion de différents types cellulaires peut varier d’une personne à l’autre. Les chercheurs ont notamment observé que la présence de cellules provenant du vagin pouvait influencer certains résultats de l’analyse du sang menstruel entier. Cette variabilité devra donc être prise en compte dans la mise au point d’un éventuel test.

🩸 Alors, est-ce que les règles pourraient un jour aider au diagnostic ?

Peut-être.

Et c’est précisément ce qui rend cette étude intéressante. Elle ouvre une piste de recherche vers un potentiel diagnostic non invasif basé sur le sang menstruel.

La prochaine étape sera de vérifier si les résultats observés chez ces petits groupes de participantes se maintiennent dans des cohortes beaucoup plus importantes et beaucoup plus diversifiées.

Il faudra également déterminer la stabilité de ces marqueurs au cours du temps et d’un cycle menstruel à l’autre.

Si ces résultats sont confirmés, l’analyse moléculaire du sang menstruel pourrait alors devenir une piste sérieuse pour contribuer à réduire le délai diagnostique de l’endométriose.

Mais nous n’en sommes pas encore là.

Pour l’instant, ce que cette étude nous apporte, c’est une piste scientifique prometteuse 🩸🔬

💜 Et vous, qu’en pensez-vous ?
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📚 Référence de l’étude

Leap K., Lepelletier A., Liorzou E. et al. Single-nucleus analysis of menstrual fluid highlights gene expression differences in epithelial cells of endometriosis donors. BMC Medicine, 2026. DOI : 10.1186/s12916-026-05020-6. L’article a été publié le 30 juin 2026.

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